TECHNIQUES DE BROYAGE ET ORGANISATION SOCIOÉCONOMIQUE : LE CAS DES SITES CHALCOLITHIQUES DU SUD-EST DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE

Accéder aux illustrations de l’articleAccéder au diagramme logiciste

TECHNIQUES DE BROYAGE ET ORGANISATION SOCIOÉCONOMIQUE : LE CAS DES SITES CHALCOLITHIQUES DU SUD-EST DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE

Roberto RISCH
Pour citer cet article

Mots-clés

Matériel de broyageTraces d’utilisationChalcolithiqueLos MillaresEspagne

INTRODUCTION

Depuis la découverte du site de Los Millares (Almería, Espagne) à la fin du 19e siècle, le Chalcolithique du sud-est de la Péninsule ibérique a fortement attiré l'attention de la recherche sur la Préhistoire récente de l'Europe. Des fouilles modernes ont confirmé que ce vaste habitat d’une superficie de six hectares comportait à l’apogée de son développement trois enceintes successives de murailles fortifiées et une citadelle intérieure (Arribas et al. 1987, Molina & Camara 2005). À l’ouest, voisinant avec le camp retranché, s’étendait une nécropole de 13 hectares comprenant au moins 80 sépultures collectives mégalithiques. Les monuments funéraires conservent plusieurs dizaines de squelettes, associés à des dépôts sépulcraux très variés, objets hautement élaborés à charge symbolique pour une large part, parfois confectionnés dans des matériaux allochtones. L’ensemble formé par l’habitat et la nécropole est flanqué au sud et à l’ouest par 13 petits forts situés sur des collines et permettant au mieux de contrôler visuellement un large territoire. D’abondants témoignages d’activités de production et de consommation ont été recueillis à l’intérieur de ces forts, ainsi qu’à Los Millares même dans des habitations ovales ou circulaires et des structures carrées, sur des aires ouvertes, et à l’intérieur des tours renforçant les murailles. Certaines de ces activités, comme la métallurgie ou la taille du silex, sont propres à des structures particulières, qui apparaissent ainsi spécialisées. Les dates C14 disponibles (Molina et al. 2004) suggèrent une occupation continue pendant environ 900 ans, entre la fin du 4e millénaire et la fin du 3e millénaire. Toutefois, les forts périphériques sont un phénomène associé à la phase finale de l’occupation, entre environ 2500 et 2200 cal BC, époque à laquelle la zone avait déjà été en grande partie désertée et où l’occupation était quasiment limitée à la citadelle intérieure (Arribas et al. 1987).

Des structures et des artefacts comparables à ceux découverts à Los Millares sont distribués dans une région plus vaste, correspondant approximativement à la province actuelle d’Almería, au nord-est de celle de Grenade et au sud de celle de Murcia. Néanmoins, ces vestiges archéologiques sont très différents en termes de dimensions, de quantité et de variabilité. L’absence, dans bien des sites, d’éléments caractéristiques tels que les systèmes de fortification, a même conduit à remettre en question l’idée selon laquelle la « culture » de Los Millares aurait une inscription spatiale dans un territoire défini par la présence des mêmes traits identitaires (Micó 1991). Dans la région, le type d’habitat le plus courant correspond à de petits établissements (0,1 à 1 ha) non fortifiés, dont la majeure partie n’a été occupée qu’assez brièvement, peut-être le temps de quelques générations. Ces villages sont généralement situés sur des terrasses fluviatiles, en bordure de fertiles plaines d’inondation quaternaires (Castro et al. 1994, Cámalich & Martín 1999). On les trouve toutefois également dans la plupart des autres situations géographiques possibles, zones montagneuses, plaines tertiaires, régions côtières ou marécageuses. Les vestiges indiquent que les occupants tiraient parti pour leur subsistance d’une large gamme de ressources. Si l’agriculture intensive sur les sols les plus fertiles ou humides et l’élevage – y compris l’utilisation de produits dérivés tels que le lait et la laine – jouaient un rôle prépondérant, la collecte, la chasse et la pêche fournissaient un important complément alimentaire. De fait, les données archéologiques suggèrent qu’au Chalcolithique les principes clés de l’économie de subsistance étaient l’intensification, la diversification et la mobilité. Il n’est pas non plus anodin de noter que les établissements les plus grands, et donc vraisemblablement les plus peuplés, ne sont pas nécessairement situés dans des contextes écologiques plus favorables que les petits villages (Risch 1995 : 535-6).

Le tableau devient encore plus complexe si l’on tient compte de la fabrication et de la circulation des produits transformés. De nombreuses matières premières – roches variées, cuivre, or, os, coquillage, bois, lin, etc. – ont été traitées pour faire toute une gamme de produits divers, outils, tissus, objets de parure, idoles et autres objets à charge symbolique. Des aires d’activités spécialisées sont fréquemment documentées dans les grands habitats permanents, mais elles ne font pas pour autant défaut dans les établissements de taille modeste. Elles sont présentes tant à l’intérieur de certaines habitations qu’en aire ouverte. Il semble qu’une part importante de la force de travail ait été investie dans ces produits hautement élaborés, dont l’importante valeur symbolique est suggérée par leur circulation sur de longues distances. Ces produits ont été utilisés et consommés en plus grand nombre et sous des formes plus diverses dans les habitats et les sépultures collectives les plus vastes et les plus complexes, mais certainement pas de manière exclusive (Micó 1992).

En raison de la complexité des données archéologiques relatives au Chalcolithique dans le sud-est de la Péninsule ibérique, l’organisation sociale et économique des communautés de cette période a donné lieu à des interprétations différentes et même contradictoires. C’est surtout l’équipe de l’université de Grenade, organisatrice des fouilles récentes du site de Los Millares, qui propose l’existence d’une société fortement hiérarchisée (Molina & Cámara 2005, Molina et al. 2004). Les habitats les plus grands correspondraient à des places centrales, d’où les élites dirigeantes pouvaient contrôler de vastes territoires, les réseaux de distribution, ainsi que certaines ressources naturelles comme les affleurements de cuivre. Parallèlement, les petits habitats seraient des communautés agricoles dépendantes, obligées de payer un tribut aux premiers. Outre les différences de taille entre les établissements, viendraient principalement à l’appui de cette interprétation la complexité du système de fortifications de Los Millares, y compris la chaîne de forts entourant le site (encore que ceux-ci ne soient pas, on l’a dit, nécessairement contemporains de l’ensemble principal), et la spécialisation économique mise en évidence pour certaines des constructions, tout particulièrement en relation avec le travail du métal. Dès lors, les différences observées au sein du matériel funéraire des sépultures collectives de Los Millares refléteraient les asymétries sociales et politiques en vigueur dans l’habitat (Molina & Cámara 2005 : 58-62).

D’un autre côté, les résultats des prospections et des fouilles intéressant d’autres régions et établissements incitent à mettre davantage l’accent sur le caractère domestique de la production et sur une forme plus communautaire de l’organisation politique. Si quelques auteurs considèrent que les élites détentrices d’un certain pouvoir n’exerçaient qu’un leadership limité (Gilman 1976, Ramos Millán 1998), d’autres plaident en faveur de la coexistence de relations sociales égalitaires et inégalitaires, susceptible de générer des tensions mais pas une exploitation économique (Chapman 2003 : 130-131). La structuration de la société selon deux principes géographiques et économiques – d’importantes communautés sédentaires plus impliquées dans la transformation des produits, voisinant avec de petits groupes plus mobiles et plus investis dans l’acquisition des moyens de subsistance – a conduit à définir la « culture » de Los Millares comme un système de production duel (Risch 1995 : 528-541; Castro et al. 1998). Ce modèle fait valoir d’une part l’existence d’une forte productivité, et d’autre part les possibilités limitées pour l’exercice d’un contrôle politique sur des communautés plutôt mobiles et dispersées dans l’espace, caractérisées par une production de subsistance à la fois diversifiée et intensive. Dans de telles conditions, l’objectif premier d’une production d’objets élaborés à forte valeur symbolique, mais en termes économiques à faible valeur d'usage, ne serait pas l’accumulation de richesses ou l’établissement de relations de dépendance économique. Bien au contraire, on considère que le rôle essentiel de ces objets est de maintenir la cohésion politique et sociale tant entre communautés économiquement diversifiées et groupes de parenté qu’au sein de ces entités, et de leur permettre d’accéder aux ressources et aux biens de base.

Il est apparu que la question de l’organisation sociale et économique des communautés de la « culture » de Los Millares pouvait être abordée par le biais de l’étude du matériel de broyage. Dans les sociétés pleinement agricoles, les outils de broyage représentent une part essentielle des moyens de production, puisqu’il faut inévitablement s’en servir pour transformer les céréales en vue de leur consommation. Le matériel de broyage ne permet pas seulement d’appréhender le développement technique et l’organisation spatiale du processus de broyage, c’est aussi un des rares indicateurs archéologiques du volume de la production de subsistance dans une communauté. C’est dans cette perspective que l’on se propose d’analyser ici les implications économiques et sociales des techniques de broyage utilisées au Chalcolithique dans le sud-est de la Péninsule ibérique. Le matériel provenant des habitats d’Almizaraque (Cuevas del Almanzora, Almería) et de Cerro de la Virgen (Orce, Grenade) a fait l’objet d’une étude systématique fondée sur une méthodologie expressément élaborée pour l’approche des outils macrolithiques en contexte archéologique (Risch 1995 : 335-355 ; Delgado 2003). En outre, les décomptes effectués sur le matériel de surface de Cabezo del Plomo (Mazarrón, Murcia) ont permis de recueillir des données intéressantes concernant la géologie du matériel de broyage de cet habitat (Risch et Ruiz 1994). Pour des informations complémentaires sur le contexte archéologique d’Almizaraque, voir Delibes et al. (1986, 1994, 1996), sur celui de Cerro de la Virgen, Kalb (1969) et Schüle (1980), sur celui de Cabezo del Plomo, Muñoz (1983, 1993).

DONNÉES ARCHÉOLOGIQUES

Les sites archéologiques

P0/1 Les habitats de la " culture " de Los Millares retenus pour étude - Cerro de la Virgen, Almizaraque et Cabezo del Plomo - présentent des variations en termes de superficie, de structures aménagées et d'environnement

Alors que Cerro de la Virgen compte parmi les grands habitats chalcolithiques du sud-est de la Péninsule ibérique, Almizaraque et Cabezo del Plomo apparaissent comme de modestes villages. Cerro de la Virgen et Cabezo del Plomo appartiennent au groupe des habitats fortifiés, mais Almizaraque offre l'apparence d'un site ouvert. Un trait architectural commun à ces sites consiste en la présence d'habitations circulaires de taille variable, à l'intérieur desquelles, tout comme à l'extérieur, on trouve des foyers ou des structures de combustion.

Habitats chalcolithiques mentionnés dans le texte (1. Los Millares, 2. Almizaraque, 3. Cerro de la Virgen, 4. Cabezo del Plomo).

L'habitat d'Almizaraque (Cuevas del Almanzora, Almería).

L'habitat de Cerro de la Virgen (Orce, Grenade).

L'habitat de Cabezo del Plomo (Mazarrón, Murcia).

[+]Structures et artisanat

[+]Environnement

P0/2 Les échantillons paléobotaniques des habitats de la " culture " de Los Millares présentent une composition variable

Dans les habitats chalcolithiques pour lesquels des études carpologiques ont été faites, on observe que l'orge et le blé sont soit complémentaires soit mutuellement exclusifs au sein des échantillons provenant de contextes individuels (Buxó 1997, Rovira 2000, Précioso Arévalo in Martínez et Ponce 1995). A Almizaraque et Cerro de la Virgen, les légumineuses, fèves principalement (Vicia faba), représentent entre 2 % et 8 % des cultivars. Les plantes sauvages semblent avoir joué un rôle important dans l'économie de subsistance de la " culture " de Los Millares. Le lin (Linum sp.), le chêne (Quercus sp.), le figuier (Ficus carica), l'olivier (Olea europaea), la vigne (Vitis vinifera var. sylvestris) et le pavot (Papaver somniferum) sont les principales espèces identifiées à ce jour dans le sud-est de la Péninsule ibérique (Hopf 1991, Buxó 1997, Stika & Jurich 1999, Rovira 2000).

Cultivars identifiés à Almizaraque et à Cerro de la Virgen.

[+]Almizaraque

[+]Cerro de la Virgen

Caractères morphotechniques des outils de broyage

P0/3 La variabilité métrique des outils à surfaces abrasives permet de faire la distinction entre meules et petites molettes

L'un des critères permettant de distinguer les meules des molettes utilisées pour le broyage des céréales est la dimension de leurs surfaces actives. Les outils inférieurs à 250 cm2 correspondent généralement à des molettes mobiles, tandis que les outils plus grands servent le plus souvent de meules fixes. Dans le sud-est de la Péninsule ibérique, les seuls autres artefacts offrant des surfaces actives supérieures à 250 cm2 sont des dalles de travail. Celles-ci se distinguent des meules par leurs surfaces d'usure, qui sont moins développées et/ou de forme différente. Dans l'ensemble, tant les meules que les molettes présentent des surfaces passives convexes et, de ce fait, une forme plus ou moins ovale. En revanche, les dalles de travail tendent à avoir des surfaces planes ; de plus, le matériau est souvent différent (généralement du grès). On a trouvé à Almizaraque un grand polissoir en grès, traversé d'une étroite rainure présentant les traces d'abrasion caractéristiques d'une utilisation pour le polissage de la pierre.

Distribution des superficies des surfaces actives pour les meules et molettes d'Almizaraque (surface = p o L/2 o W/2, L étant la longueur et W la largeur des outils).

P0/4 La morphologie de la surface active des meules et des molettes est variable

Les surfaces actives des outils de broyage couvrent le plus souvent un des côtés plans de l'objet. Tant pour les meules que pour les molettes, on observe des variations dans la forme de ces surfaces, qui peut être représentée par un profil longitudinal et un profil transversal.

Quelques exemples de morphologie des surfaces actives (modifié d'après Donner y Marzoli 1994).

Morphologie des surfaces actives des meules (MOL) et molettes (MUE) d'Almizaraque et de Cerro de la Virgen. La morphologie est définie par : 1. l'axe longitudinal, 2. l'axe transversal ; CV = concave, CX = convexe, RT = plan (données tirées de Risch 1995, Delgado 2003).

P0/5 Meules et molettes présentent des dimensions éminemment variables

Les meules d'Almizaraque ou de Cerro de la Virgen mesurent couramment environ 210-300 mm de long et 160-250 mm de large ; elles offrent donc une surface utile d'environ 270-520 mm2. Un second type de meule a été identifié à Almizaraque. Il s'agit d'outils plus gros et plus lourds, mesurant environ 500 mm de long et 350 mm de large. On peut envisager que de semblables outils de broyage aient également été présents sur le site de Cerro de la Virgen, mais qu'ils n'aient pas été recueillis lors des fouilles conduites dans les années 1960. Les dimensions des molettes sont extrêmement variables. Elles peuvent mesurer entre 83 et 243 mm de long, et entre 55 et 140 mm de large.

Dimensions (mm) et poids (gr) des meules provenant des habitats chalcolithiques d'Almizaraque et de Cerro de la Virgen (données tirées de Risch 1995, Delgado 2003).

Dimensions (mm) et poids (gr) des molettes provenant des habitats chalcolithiques d'Almizaraque et de Cerro de la Virgen (données tirées de Risch 1995, Delgado 2003).

Exemple d'une petite meule en dacite, Almizaraque phase II (ALM-L-47).

Exemple d'une meule en andésite, Almizaraque phase III (ALM-L-18).

Exemple d'un fragment de grande meule en micaschiste, Almizaraque (ALM-L-58).

Molette en micaschiste, Almizaraque phase I (ALM-39).

Molette en micro-gabbro, Almizaraque phase II (ALM-46).

P0/6 Meules et molettes ont été faites dans des matériaux différents

A Almizaraque, Cabezo del Plomo et Cerro de la Virgen, des matières premières variées ont été exploitées pour réaliser des outils de broyage. Chaque communauté a utilisé une gamme légèrement différente de matériaux. Alors que le conglomérat est la roche privilégiée pour les meules à Cerro de la Virgen, ce matériau est beaucoup moins représenté dans les autres sites. A Cabezo del Plomo et Almizaraque, on ne distingue pas clairement de préférence pour tel ou tel type de roche. Les roches volcaniques et le micaschiste à grenat jouent un rôle important, mais les roches issues d'autres formations sont loin d'être anecdotiques. Les caractères lithologiques des roches susceptibles d'être utilisées comme molettes témoignent également d'un faible souci de standardisation technique.

Matières premières utilisées pour les meules et molettes de quelques habitats de la " culture " de Los Millares (nombre de pièces). Les matières premières sont ordonnées en fonction de leur caractère potentiellement performant en tant que meules (données tirées de Risch 1995, ; Delgado 2003).

Processus de production et traces d'usure

P0/7 La production d'outils de broyage est attestée dans les sites, sauf pour les pièces en roches volcaniques

Almizaraque a livré deux gros fragments de roches, l'un en conglomérat et l'autre en micaschiste à grenat. Bien que les surfaces ne présentent aucune trace de modification, la dimension de ces galets, leur forme ovale et les propriétés physiques des matériaux suggèrent qu'il s'agit de matières premières brutes destinées à être transformées en outils de broyage. A Cerro de la Virgen, quelques éclats de micaschiste à grenat étaient présents dans le mobilier lithique recueilli lors des fouilles anciennes de ce site (Delgado 2003, sous presse). Par ailleurs, on a identifié dans les deux sites des percuteurs en microgabbro et en schiste psammite, qui présentent les traces caractéristiques résultant d'un mode d'utilisation en percussion sur des surfaces dures. Jusqu'à présent, les habitats étudiés n'ont livré aucun témoignage direct du travail sur place de roches telles que l'andésite ou la dacite. Il a été suggéré que ces matériaux aient été extraits d'affleurements en position primaire, et les outils confectionnés sur les carrières (Carrión et al. 1993).

P0/8 Les meules ont été façonnées par percussion et les surfaces passives de très peu d'entre elles ont été finies par abrasion

Environ 65 % des meules d'Almizaraque présentent des traces de fabrication sur au moins une de leurs surfaces passives. Les surfaces le plus fréquemment aménagées (50-60 %) sont aux extrémités (haut et bas) et sur les côtés (droite, gauche), tandis que la face dorsale a été moins modifiée (29 %). Un façonnage par percussion a intéressé 48 % de toutes les surfaces passives décomptées ; en revanche, 5 % d'entre elles seulement ont été finies par abrasion.

Fréquence des traces de fabrication sur les outils de broyage d'Almizaraque. Les quantités absolues renvoient au nombre de surfaces passives décomptées sur l'ensemble des outils.

[+]Méthodologie pour la description de l'outillage macrolithique

P0/9 Les molettes correspondent à des galets bruts, non modifiés

Les molettes d'Almizaraque et de Cerro de la Virgen sont le plus souvent des galets bruts, non modifiés. Dans quelques cas, on observe des traces de piquetage ou d'abrasion sur les surfaces passives. Il apparaît donc que, pour cette catégorie d'outil, des galets de dimension et de morphologie appropriée ont été sélectionnés sur les lieux de collecte, dans les dépôts fluviatiles, pour servir tels quels.

Fréquence des traces de fabrication sur les outils de broyage d'Almizaraque. Les quantités absolues renvoient au nombre de surfaces passives décomptées sur l'ensemble des outils.

P0/10 Les surfaces actives des meules et molettes d'Almizaraque présentent différents types d'usure

Jusqu'à présent, seuls les outils d'Almizaraque ont fait l'objet d'une analyse tracéologique à la loupe binoculaire (grossissement x20-40). Le type de traces le plus visible sur les meules et les molettes est un lissage prononcé de la surface des grains, ou du verre volcanique dans le cas des meules en dacite et en andésite. Les stries sont aussi un phénomène fréquent. La plupart des meules présentent également de petites cupules peu profondes, produites par percussion. Leur distribution régulière suggère qu'elles ne résultent pas d'un processus de production différent, mais d'un ravivage intentionnel de la surface. De semblables activités d'entretien périodique ont été documentées dans nombre de sociétés traditionnelles contemporaines qui utilisent des outils de broyage. En revanche, on n'a pu identifier de traces d'entretien sur les molettes.

Ravivage d'une molette à Gbinghani, un village Komba dans le Nord-Est du Ghana (crédit photo : José Antonio Soldevilla).

[+]Présence de stries sur les meules

[+]Présence de stries sur les molettes

P0/11 Les indices d'usure sur les meules fabriquées dans des matériaux différents sont variables

L'usure des matériaux est une autre façon d'appréhender l'utilisation et l'entretien des outils de broyage, ainsi que la standardisation du processus de broyage. On a, pour évaluer cet aspect, établi plusieurs indices d'usure (Risch 2002 : 53-4). Le principe sous-jacent est que, surtout dans le cas de la Péninsule ibérique, l'outillage macrolithique est confectionné à partir de galets plus ou moins roulés d'origine fluviatile, dont les dimensions initiales n'étaient que peu modifiées par le processus de production. L'implication est que, conformément aux principes géomorphologiques régissant la sphéricité des galets, la longueur, la largeur et l'épaisseur sont des variables fortement corrélées entre elles. Ainsi, toute modification des proportions originelles ne peut que résulter d'une usure du matériau due à l'utilisation.

Indices d'usure ID et Dr des meules d'Almizaraque en fonction des matières premières (note : pour ID, les valeurs varient en relation inverse avec la perte de matière, pour Dr, en relation directe). (AND : andésite ; DAC : dacite ; MEG : micaschiste à grenat ; ESN : micaschiste sans grenat ; CGL : conglomérat ; MCG : microconglomérat).

Indice d'usure ID des meules de Cerro de la Virgen en fonction des matières premières (note : l'indice Dr ne peut être calculé sur ce matériel, car la valeur p pour les galets des dépôts exploités n'est pas connue).

[+]Indices d'usure

[+]Perte de matière

Répartition spatiale

P0/12 Dans les habitats, on trouve des meules tant sur des aires ouvertes que dans des cabanes et sous des constructions légères

Les recherches menées à Almizaraque (Delibes et al. 1986, 1994, 1996) ont permis de classer les différents contextes archéologiques en trois catégories : 1. les espaces situés à l'intérieur des cabanes circulaires caractéristiques de la " culture " de Los Millares, 2. les zones recouvertes par des constructions légères en matériaux périssables, 3. les zones pour lesquelles aucun vestige de structure permanente n'a pu être identifié, et qui sont interprétées comme des aires ouvertes. On insiste ici sur le fait que lors de l'analyse spatiale d'un assemblage lithique il est essentiel de faire la distinction entre pièces entières et pièces fragmentaires ou endommagées. Et ce tout particulièrement dans le cas des meules, qui restent généralement fixées sur les lieux où se déroulent les activités liées à la transformation des produits alimentaires. Les informations qu'offre le matériel fragmentaire sont plus ambiguës, dans la mesure où elles peuvent refléter le contenu des aires d'activité aussi bien que des phénomènes de mise au rebut.

[+]Almizaraque

[+]Cerro de la Virgen

P0/13 A Almizaraque, toutes les meules en roches volcaniques se trouvent en aire ouverte

En relation avec certains types de matières premières, des différences apparaissent sur le plan spatial entre zones d'activités intérieures et extérieures. Bien qu'il faille tenir compte de la petitesse de l'échantillon, il semble que la répartition des meules confectionnées dans tel ou tel type de matériau n'ait pas été aléatoire à Almizaraque. Notamment, toutes les meules en roches volcaniques se trouvent en aire ouverte.

Répartition spatiale des outils de broyage (meules et molettes) en roches différentes.

DONNÉES DE RÉFÉRENCE

Relation meules / molettes

P0/14 Meules et molettes doivent être morphométriquement assorties

Les meules renvoient à de grandes dalles de forme plus ou moins ovale présentant sur la face ventrale une surface de travail abrasive. Les molettes ont une forme similaire à celle des meules et des surfaces actives comparables, mais elles sont beaucoup plus petites. Dans la mesure où meules et molettes peuvent s'inscrire dans un continuum, il n'est pas toujours aisé, sur la base des seuls critères métriques, de définir la limite entre les deux catégories d'outils. C'est Hürlimann (1965) qui, le premier, a attiré l'attention sur l'interdépendance morphologique entre les deux surfaces de broyage. Par la suite, Zimmermann (1988 : 725) a présenté un modèle qui expliquait la forme des surfaces de travail comme la conséquence mécanique de la relation métrique stricte qui existe entre les deux outils. Les données ethnographiques et expérimentales suggèrent toutefois qu'on ne peut établir de correspondance simple entre les différentes formes. La hauteur de la convexité ou la profondeur de la concavité des surfaces actives ont également des répercussions sur l'usure du matériau et sur la forme des outils de broyage. La façon dont les molettes sont maniées (mouvement circulaire ou réciproque, par exemple) est encore un facteur dont il faut tenir compte (Adams 1999).

Modèle prédictif d'appariement morphométrique (profil longitudinal / profil transversal) entre les deux individus du couple de broyage (A = largeur de la meule ; L = longueur de la molette ; CV = concave ; CX = convexe ; RT = plan). Ce modèle est basé sur des observations ethnographiques et expérimentales.

[+]Manos en bois

P0/15 Il existe une interdépendance entre meules et molettes en termes de matières premières

Le caractère plus ou moins abrasif des matériaux utilisés est un aspect essentiel du couple que forment les surfaces de broyage. Les enquêtes ethnographiques et les études archéologiques ont montré que les outils constitutifs du matériel de broyage peuvent être confectionnés dans des roches similaires ou légèrement différentes. Il est fréquent que le matériau de l'un des outils, généralement la molette, ait une pétrofabrique un peu plus compacte et soit moins abrasive que l'autre. Ce sont ces petites différences de texture entre les surfaces actives qui rendent les outils plus performants pour écraser le grain et le réduire en poudre. Ainsi, il convient de ne pas systématiquement classer dans la catégorie des molettes tous les outils macrolithiques qui présentent des traces d'usure dues au frottement. Seul l'examen des propriétés physiques des différents types de roches permet de dire quels matériaux pouvaient éventuellement convenir sur un plan technique.

Matières premières utilisées pour différents types d'outils de petites dimensions (< 250 cm2) présentant des traces d'usure dans l'habitat de Gatas, Almería, datant de l'Age du Bronze. Les matières premières qui apparaissent en rouge sont celles qui pourraient être techniquement compatibles avec les meules trouvées sur ce site (Risch 1995 : 464).

[+]Tests expérimentaux

P0/16 Les molettes devraient être plus nombreuses que les meules dans l'assemblage archéologique

Conformément aux principes qui régissent le comportement physique des surfaces abrasives, il y a une dernière condition que doit remplir le matériel de broyage : les molettes devraient être plus nombreuses que les meules dans l'assemblage archéologique. Les indices d'usure obtenus à la suite d'expérimentations avec des outils en grès se sont avérés cinq fois plus élevés pour les éléments mobiles que pour les éléments fixes (Wright 1993). Les données disponibles pour les sociétés traditionnelles d'Amérique ou d'Afrique suggèrent que la durée de vie moyenne des molettes est à peu près deux fois moins longue que celle des meules (voir tableau). Ceci expliquerait pourquoi on trouve fréquemment une proportion de 2 : 1 dans les assemblages archéologiques où dominent les meules à profil transversal plan ou concave. Ce rapport est gouverné par le principe selon lequel l'usure de deux surfaces abrasives qui sont en contact est inversement proportionnelle à leur dimension. Dans les contextes d'habitat où l'on ne retrouve pas la majeure partie des outils cassés et jetés - c'est précisément le cas pour les sites de la " culture " de Los Millares -, on devrait avoir au moins un rapport de 1 : 1. Une valeur inférieure conduit à envisager la possibilité que certains des plus petits outils mobiles aient été confectionnés en bois.

Durées de vie attendues enregistrées auprès de communautés utilisant encore du matériel de broyage (nombre d'observations, moyenne, écart-type, étendue). La variabilité des valeurs est due essentiellement à des différences de forme, de taille et de matière première entre les outils.

Matières premières : approvisionnement et comportement technique

P0/17 Il est possible d'identifier un approvisionnement dans les formations fluviatiles quaternaires

L'exploitation de formations fluviatiles quaternaires peut être identifiée grâce à des critères archéologiques et géomorphologiques. L'estimation du " degré de disponibilité " permet une approche probabiliste du problème relatif à l'identification des modalités d'approvisionnement en matières premières, qui ne laissent généralement pas de témoignages directs en contexte archéologique.

Deux méthodes de décompte des galets dans les dépôts secondaires : 1. méthode de la grille (haut), 2. méthode du transect (bas).

[+]Critères pour l'identification d'un approvisionnement dans les formations fluviatiles quaternaires

[+]Le degré de disponibilité

P0/18 La quantité de travail nécessaire pour fabriquer des outils de broyage dans les différents matériaux utilisés dans le sud-est de la Péninsule ibérique s'inscrit dans un continuum

Comme l'ont montré les tests expérimentaux (Menasanch et al. 2002), certains types de roches sont plus difficiles à travailler que d'autres. Il a été possible de façonner tous les types de roches par piquetage / bouchardage en utilisant des percuteurs en microgabbro, identiques à ceux connus en contexte archéologique. Sur les galets en schiste, les sous-produits étaient de deux types : des éclats très irréguliers, et surtout de grandes quantités de poudre et de grains meubles. Après le façonnage de galets de conglomérat, cette " poussière " de grains recouvrait l'ensemble de la zone de travail. On peut penser que la reconnaissance de tels vestiges au moyen d'une analyse sédimentologique fine pourrait déboucher de manière intéressante sur l'identification d'un traceur archéologique de ce type d'activité. En termes d'intensité du travail, on a constaté qu'il était beaucoup plus facile et plus rapide de façonner des schistes métamorphiques que des conglomérats compacts (Menasanch et al. 2002 : 90). Combiné aux " traces de production " observées sur le matériel archéologique, tout ce qu'on a pu comprendre des processus mis en œuvre permet d'approcher le temps de travail nécessaire à la confection des différents outils de broyage. Cette durée peut être utilisée ici comme une expression du travail que représente la fabrication des outils.

- Durée approximative du travail nécessaire à la production des outils de broyage dans les habitats de la " culture " de Los Millares.

P0/19 L'efficience au broyage des différents groupes pétrographiques utilisés dans le sud-est de la Péninsule ibérique s'inscrit dans un continuum

En combinaison avec l'analyse des traces d'usure, un programme expérimental a été expressément élaboré afin de tester le caractère " efficient ", ou performant, des différentes possibilités technologiques observées en contexte archéologique (Menasanch et al. 2002, Risch 2002 : 111-122).

Définition

Evaluation de l'efficience au broyage des différentes matières premières utilisées dans les habitats de la " culture " de Los Millares.

[+]Les matériaux du sud-est de l'Espagne

[+]Les roches volcaniques

INTÉRPRETATIONS

Stratégies d'approvisionnement en matières premières

P1/1 La majeure partie des matières premières provient des dépôts secondaires proches des habitats

Les occupants des trois sites se sont pour l'essentiel approvisionnés en matières premières dans les dépôts fluviatiles quaternaires de la rivière principale qui traversait le territoire économique des villages. Ces dépôts contiennent une grande variété de galets appropriés. C'est uniquement dans les régions dépourvues de roches de meilleure qualité, comme le micaschiste à grenat et l'andésite, qu'il s'avérait nécessaire d'exploiter des sources plus éloignées ou, plus probablement, d'acquérir ces matériaux par échange.

Galets dans les dépôts fluviatiles de l'Almanzora (Almería).

Dépôts pléistocènes contenant des galets d'andésite dans la région de Mazarón (Murcia).

Almizaraque.

Cabezo del Plomo.

Cerro de la Virgen.

P1/2 Les sites à proximité de dépôts secondaires contenant des types performants de roches ont également sélectionné des matériaux moins performants

Contrairement à ce qu'on attendrait d'un comportement économique rationnel, même les sites qui avaient accès à des types plus performants de roches n'en dédaignaient pas pour autant les matériaux moins appropriés. A Cabezo del Plomo, situé à quelques kilomètres seulement au sud d'une formation secondaire contenant d'excellents galets d'andésite, facilement accessibles, 32 % seulement des meules ont été confectionnées dans ce matériau. Les occupants d'Almizaraque pouvaient s'approvisionner en micaschiste à grenat ainsi qu'en divers autres matériaux de moindre efficience dans le lit de l'Almanzora. Pourtant, le micaschiste à grenat n'a été utilisé que pour 29 % des meules.

P1/3 Dans les habitats de la " culture " de Los Millares, les roches les plus performantes, telles que les andésites, pouvaient provenir de plus de 100 km

L'andésite, considérée comme le matériau le plus performant pour le broyage, a circulé sur plus de 100 km. Les analyses pétrographiques suggèrent une localisation des sources dans le Cabo de Gata (Almería) et dans la région de Mazarrón (Murcia). Des roches volcaniques, provenant peut-être du Cabo de Gata, ont également été identifiées dans des sites du sud de la province d'Almería, comme à Los Millares même (Carrión et al. 1993). Dans tous les cas, elles représentent seulement 5 % de l'assemblage lithique, indépendamment de la distance par rapport à la source, de la dimension de l'habitat ou du type d'architecture qu'on y trouve.

P2/1 La faible standardisation de la matière première n'est pas imputable à un manque de ressources ou à une carence des réseaux d'échange

L'absence de spécialisation dans les matériaux les plus performants lorsque les coûts de transport sont égaux exclut la possibilité que la faible standardisation des outils de broyage, en termes de caractères pétrographiques, soit imputable à un manque de ressources ou à une carence des réseaux d'échange. Des galets appropriés étaient accessibles dans de nombreux dépôts secondaires, et les communautés villageoises auraient pu obtenir les matières premières désirées par le biais des réseaux d'échange existants.

P2/2 La distribution des meules en andésite souligne l'importance sociale de la circulation des matériaux allochtones dans le système d'échange de la " culture " de Los Millares

La distribution des roches volcaniques confirme qu'au Chalcolithique les réseaux d'échange n'étaient pas dans la dépendance des centres d'attraction, tels que potentiellement représentés par les sites les plus grands et les plus complexes. Comme dans le cas des objets élaborés à valeur symbolique (objets de parure, etc.), l'accès à ces biens ainsi que leur utilisation semblent avoir été les mêmes, en termes relatifs, pour toutes les communautés. La distribution des meules en andésite constitue un exemple supplémentaire de l'importance sociale de la circulation des matériaux allochtones dans la " culture " de Los Millares.

Matières premières et production des outils de broyage

P1/4 Dans la " culture " de Los Millares, il n'y a pas de corrélation entre matières premières et dimensions des meules et molettes

Contre toute attente, les groupes géologiques ne sont généralement pas en corrélation avec les dimensions des outils de broyage. Bien qu'en raison de leur état souvent fragmentaire le nombre de mesures complètes soit relativement limité, on peut dire que les roches volcaniques, les différents types de micaschistes, les grès et les microconglomérats ont été systématiquement transformés en meules courtes, et de ce fait plutôt sphériques. Seules les meules en microconglomérat et en conglomérat sont parfois un peu plus larges, cette différence n'étant due, semble-t-il, qu'au caractère variable de la sphéricité des galets. Les meules de grandes dimensions documentées exclusivement à Almizaraque ont généralement été confectionnées dans du conglomérat et du micaschiste à grenat (pièces incomplètes). Néanmoins, on s'est également servi de ces roches pour produire des outils plus petits.

P1/5 Il n'y a pas de corrélation entre matières premières et morphologies des surfaces actives

On n'a pas observé de corrélation significative entre types morphologiques et matières premières. Tout de qu'on peut dire, c'est que les meules en roches volcaniques (andésite et dacite) tendent à avoir des surfaces actives un peu convexes, ce qui est rare dans la plupart des autres groupes lithologiques. Des surfaces de broyage légèrement convexes (hauteur maximale : 4 à 5 mm), tant selon l'axe longitudinal que selon l'axe transversal, représentent un choix morphotechnique inhabituel.

P1/6 Il y a une corrélation entre matières premières et investissement dans la préparation des meules

Il existe des différences significatives entre les types de roches et la présence de traces de production sur les surfaces passives. Le travail de préparation requis pour les roches volcaniques est beaucoup plus grand que pour les autres types de roches. Si, dans le cas de l'andésite, toutes les faces passives présentent des traces de fabrication produites par percussion, quelques pièces en dacite ont par ailleurs été finies par polissage. Environ deux tiers des surfaces en conglomérat présentent des traces de travail. Les autres matériaux n'ont été qu'exceptionnellement modifiés.

Processus de broyage et technologie

P1/7 Globalement, une adéquation morphométrique entre meules et molettes se vérifie

A Almizaraque et Cerro de la Virgen, les comparaisons métriques entre molettes et meules montrent que la longueur des premières est généralement inférieure à la largeur des secondes. Pour certaines pièces cassées, il est possible que ces dimensions aient été équivalentes, mais peu probable les molettes aient été d'une taille supérieure à la largeur des meules. On constate cependant que moins de la moitié des meules des deux sites présentent des surfaces actives concaves. Lorsque l'on tient également compte des variables morphologiques, les principes techniques mis en œuvre correspondent à peu près à ceux prédits par le modèle d'appariement morphométrique. L'indice de corrélation entre les quatre séries de paramètres est c.i. = 0,982 à Almizaraque, et c.i. = 0,76 à Cerro de la Virgen. Par ailleurs, la diversité des options techniques adoptées témoigne d'une grande variabilité dans la cinétique du processus de broyage, variabilité déjà suggérée par les traces d'usure.

Comparaison entre la longueur des molettes et la largeur des meules d'Almizaraque.

Application au matériel d'Almizaraque du modèle d'appariement morphométrique entre les outils de broyage (axe longitudinal / axe transversal ; CV = concave ; CX = convexe ; RT = plan).

Application au matériel de Cerro de la Virgen (phases de Los Millares) du modèle d'appariement morphométrique entre les outils de broyage (axe longitudinal / axe transversal ; CV = concave ; CX = convexe ; RT = plan).

P1/8 Globalement, une adéquation quantitative entre meules et molettes se vérifie

Outre une compatibilité morphotechnique, les deux composantes du matériel de broyage doivent présenter une adéquation sur le plan quantitatif. Il est au préalable nécessaire d'évaluer la possibilité d'une sous-représentation des molettes dans l'assemblage, induite par des phénomènes de mise au rebut. Tel paraît avoir été le cas à Almizaraque, où 59 % des meules inventoriées sont plus ou moins endommagées, alors que pratiquement toutes les molettes recueillies (95 %) sont encore opérationnelles. Tous les galets cassés ou hors d'usage ont, semble-t-il, été transportés hors de l'habitat. Sous cette hypothèse, la présence de 14 meules entières et de 16 molettes opérationnelles correspondrait à une proportion attendue en contexte d'habitat (1 : 1,1). A Cerro de la Virgen, où les outils cassés sont beaucoup plus nombreux, la proportion calculée sur le total des outils est néanmoins similaire (1 : 1,2). Si l'on ne retient que les outils entiers, on constate que les molettes devaient figurer en plus grand nombre sur ce site, peut-être à cause de la qualité inférieure des meules (1 : 4).

P1/9 Globalement, une adéquation en termes de matières premières entre meules et molettes se vérifie

S'agissant de l'adaptation à la tache des matières premières, les occupants d'Almizaraque et de Cerro de la Virgen ont utilisé des matériaux potentiellement très abrasifs. Les molettes étaient souvent en roches légèrement plus compactes, afin d'obtenir une pulvérisation plus efficiente des grains. A Cerro de la Virgen, un nombre important de molettes était en micaschiste à grenat. A la différence d'Almizaraque, ce site ne disposait pas dans son environnement immédiat de roches volcaniques et métamorphiques adéquates.

P1/10 Le matériel de broyage servait principalement à la transformation des céréales et autres produits alimentaires

Dans les habitats de la " culture " de Los Millares, la configuration des traces d'usure identifiées sur les surfaces actives des outils abrasifs correspond tout à fait à ce qui est documenté dans les exemples ethnographiques et expérimentaux (voir par exemple Adams 1989a, Risch 2002 : 111-129 ; Dubreuil 2004, Hamond 2006). Bien que des matières minérales et organiques très diverses sont susceptibles d'avoir été travaillées à l'aide de ce type d'outillage, la combinaison des traces d'usure et de ravivage est caractéristique de la transformation des produits alimentaires, et en particulier du broyage des céréales.

Une femme broyant du millet à Gourao (Mali). Les outils de broyage ont été faits dans un grès fin silicifié (cliché : José Antonio Soldevilla).

Meules d'Almizaraque : Dacite (ALM-45, en haut à gauche), micaschiste (ALM-11, en haut à droite), microconglomérat (ALM-15, en bas à gauche), andésite (ALM-67, en bas à droite).

P2/3 Meules et molettes étaient des outils complémentaires répondant aux conditions requises pour des instruments destinés à la transformation des produits alimentaires

Dans le cas des outils de la " culture " de Los Millares, une interdépendance technique entre les éléments du matériel de broyage se vérifie globalement. Les résultats de l'analyse tracéologique corroborent l'hypothèse selon laquelle le broyage était effectué au moyen de ces outils en pierre, plutôt qu'au moyen de manos ou de pilons en bois. Seules les petites pièces à surfaces actives convexes, confectionnées dans des roches volcaniques, sont difficiles à expliquer. On pourrait les interpréter comme un type de molette, qui irait éventuellement avec les grandes meules documentées à Almizaraque. Il n'existe toutefois pas de relation bi-univoque entre surfaces actives convexes et outils en andésite ou en dacite. Il conviendrait de faire d'autres analyses fonctionnelles sur ces matériaux afin de mieux cerner leurs propriétés techniques.

Spécialisation technique

P2/4 L'intensité de l'usure des matières premières n'augmente pas en fonction de leur efficience au broyage et n'est pas liée à leur fréquence dans l'assemblage

Les indices d'usure calculés pour des meules confectionnées dans des types de roches différents ne sont pas corrélés positivement à l'efficience technique attendue pour ces matériaux. A Almizaraque, les matériaux les plus performants (des roches volcaniques) ont été aussi faiblement utilisés que des matériaux moins bons (des micaschistes sans grenat). En revanche, les micaschistes à grenat et les conglomérats présentent des indices d'usure élevés, alors que leur efficience au broyage est bien différente. Dans une économie régie par des stratégies de maximisation, on s'attendrait à ce qu'à coût de transport égal les matières premières le plus abondamment exploitées soient aussi le plus régulièrement et le plus intensivement utilisées. Or, ce modèle ne s'applique pas aux habitats de la " culture " de Los Millares. A Almizaraque, le micaschiste sans grenat, très fréquent, présente un indice d'usure bien plus faible que le microconglomérat, à occurrence anecdotique. A Cerro de la Virgen, des roches peu communes, comme le marbre ou le grès, ont indifféremment subi des pertes de matière faibles ou importantes, alors que leur origine est locale.

P2/5 Les coûts de production des outils de broyage sont minimaux en regard de leur valeur d'usage

Le temps et l'effort nécessaires à la sélection de la matière première et à la confection d'un outil de broyage adéquat étaient minimaux par rapport au temps et à l'effort dépensés dans son utilisation pour la préparation des produits alimentaires tant qu'il demeurait performant. Par conséquent, on peut déduire de la sélection de roches médiocres que la relation entre coût de production et valeur d'usage n'était pas un facteur économique pertinent pour les communautés de la " culture " de Los Millares.

P3/1 La fabrication des outils de broyage n'exigeait qu'un faible degré de spécialisation

La sélection d'une large gamme de ressources géologiques et la mise en œuvre de processus de fabrication différents ne servaient pas à produire des types d'outils morphologiquement et métriquement distincts. D'un point de vue économique, l'absence de standardisation relative aux aspects techniques déterminés par les processus d'approvisionnement et de fabrication, ainsi que l'investissement minimal dans le travail lié à la préparation des galets naturels sélectionnés, caractérise un contexte de production domestique des meules et molettes, plutôt qu'un contexte de production spécialisé.

P3/2 Les aspects techniques du processus de broyage témoignent d'un faible degré de standardisation

La variabilité observée pour les outils de broyage dans la morphologie des surfaces actives, dans les traces d'usure et, enfin, dans les indices d'usure renvoyant à une perte de matière soulignent la faible standardisation des aspects techniques du processus de broyage.

P4/1 La faible standardisation du matériel de broyage n'était pas la conséquence d'une diversification fonctionnelle des outils

La diversité des ressources alimentaires exploitées par les communautés de la " culture " de Los Millares peut dans une certaine mesure expliquer la variabilité qu'on observe dans les outils de broyage. Néanmoins, l'absence de corrélation entre les variables morphologiques, métriques, pétrographiques et fonctionnelles ne plaide pas en faveur d'une éventuelle spécialisation de types d'outils distincts pour des tâches différentes. Seules les pièces en roches volcaniques, techniquement investies et présentant des surfaces actives convexes, pourraient constituer une exception envisageable.

P5/1 Dans la " culture " de Los Millares, les outils de broyage ne tendaient pas vers une plus grande efficience technoéconomique

A toutes les étapes du cycle de production, la variabilité des matières premières et des techniques était une constante à valeur de règle, plutôt qu'un phénomène dû au hasard. Le faible degré de spécialisation technique du matériel de broyage n'est pas imputable à une insuffisance de ressources adéquates en matières premières, et n'est que très partiellement la conséquence d'une production alimentaire diversifiée. Bien que les conditions nécessaires à une complémentarité fonctionnelle des outils de broyage fussent remplies et qu'elles aient probablement permis une transformation efficiente des produits céréaliers, aucune tendance ou effort dans le sens d'une augmentation de la productivité économique ou de la maximisation des rendements ne peuvent être détectés dans les différents facteurs qui interviennent dans le processus de production.

Organisation spatiale

P2/6 Les céréales étaient broyées et consommées tant dans les espaces intérieurs que sur les aires ouvertes

Le stockage et la transformation des céréales n'étaient pas organisés de manière standardisée et ne relevaient pas uniquement de la sphère domestique. Dans bien des cas, il semble que la préparation des produits alimentaires ait été une activité collective se déroulant à l'extérieur des habitations, plusieurs individus participant en même temps au travail. Il existait peut-être des différences entre les produits stockés et broyés sur les aires ouvertes (céréales moins transformées, par exemple) et ceux qui étaient gérés dans les espaces fermés ou couverts (céréales décortiquées, par exemple). On peut supposer que différents types de ressources alimentaires étaient produits - et éventuellement consommés - dans la sphère domestique et dans la sphère économique des villages. Cependant, au vu des informations actuellement disponibles, on ne peut pas exclure que les céréales aient été broyées et consommées tant dans les espaces intérieurs que sur les aires ouvertes.

P1/11 L'accès aux meules en roches volcaniques était public et non pas restreint à la sphère domestique

La répartition dans les habitats des outils de broyage techniquement investis en andésite et en dacite renvoie à la question du contrôle social des moyens de production. Leur présence sur les aires ouvertes semble indiquer que la communauté avait librement accès aux moyens de travail et/ou aux produits qu'ils servaient à obtenir.

P2/7 A l'exception des meules en roches volcaniques, le matériel de broyage était produit dans les habitats

Les matières premières sélectionnées dans les dépôts fluviatiles étaient transportées et distribuées sous forme de galets bruts. Ceux-ci étaient ensuite transformés en outils de broyage dans les habitats, et dans la plupart des cas le processus de production se résumait au façonnage de la future surface de travail, ou surface active. Le cas des pièces en roches volcaniques, beaucoup plus investies techniquement, était peut-être différent, mais jusqu'à présent on n'a pas retrouvé de témoignage direct sur les sites de leurs aires de production. D'autres recherches doivent être entreprises pour déterminer si ces outils étaient confectionnés à proximité des dépôts quaternaires, ou même éventuellement sur des carrières.

Organisation socioéconomique

P3/3 Les outils en roches volcaniques avaient une forte valeur sociale

Dans les communautés du Chalcolithique, la forte valeur sociale des outils de broyage en roches volcaniques est révélée par leur caractère plus investi techniquement et par leur circulation sur de grandes distances. Cette valeur n'avait toutefois pas de répercussion sur le degré de standardisation morphométrique des pièces. Leur variabilité morphométrique est comparable à celle des outils confectionnés dans des roches locales.

P4/2 La forte valeur sociale des meules en roches volcaniques ne se traduit pas par une utilisation plus intensive ou un entretien plus régulier

Bien que les outils en roches volcaniques aient été façonnés avec plus de soin et qu'ils aient été largement distribués, leurs surfaces actives ne sont pas standardisées et leurs indices d'usure sont relativement faibles. D'une part, l'aspect des surfaces suggère que la convexité des plans de travail n'était pas régulièrement entretenue ; d'autre part, la perte modérée de matière correspond à une utilisation occasionnelle ou irrégulière.

P5/2 On peut penser que les meules en andésite ont servi à obtenir un type particulier de farine, en vue d'une consommation cérémonielle au niveau de la communauté

Plus que tel ou tel trait fonctionnel, la forte valeur sociale des meules en andésite suggère que ces outils étaient destinés à usage différent. Compte tenu de la qualité de ce matériau pour le broyage du grain, on pense que les meules servaient à produire un type particulier de farine. Cette hypothèse demande à être confirmée par des analyses de résidus et des analyses fonctionnelles bien ciblées. D'après les indices d'usure, cette activité n'a, semble-t-il, eu lieu qu'occasionnellement, peut-être en relation avec quelque consommation rituelle au niveau de la communauté. L'existence de semblables pratiques est également suggérée par la céramique " Symbolique " et " Campaniforme ", fortement élaborée et décorée que l'on trouve dans ces habitats.

P4/3 Indépendamment de la taille et de la localisation des sites, les mêmes principes technologiques régissaient la transformation des produits alimentaires

Des conditions de travail variables et une faible standardisation des moyens de production étaient les traits dominants de cette période.

P5/3 L'accès aux ressources et aux moyens de production n'était pas socialement restreint

D'un point de vue économique, les caractéristiques techniques des moyens de production, leur utilisation non standardisée et la variabilité de leur répartition spatiale correspond à une situation où l'accès de la population aux différents produits et outils est relativement libre. Ceci suggère que la vie dans l'habitat était régie par des principes communautaires, et que le degré de centralisation économique et politique était faible. Cet état de choses concerne trois habitats localisés dans des contextes géographiques différents et présentant aussi de grandes différences en termes d'architecture et de démographie. Les conditions écologiques et sociales n'ont apparemment pas induit de différences dans l'organisation de la production alimentaire.

P6/1 Dans les habitats de la " culture " de Los Millares, il existait une organisation duelle des activités liées à la transformation des produits alimentaires

Les outils confectionnés dans des roches métamorphiques et sédimentaires, généralement d'origine locale, et les outils plus élaborés en roches volcaniques qui relèvent d'un réseau de circulation opérant à l'échelle régionale, reflètent vraisemblablement des pratiques différentes de transformation - et donc de consommation - des produits alimentaires. Les premiers devaient servir aux besoins quotidiens, que ce soit dans un contexte domestique ou public. Les seconds semblent ressortir d'autres pratiques : festins communautaires ou consommation rituelle lors d'événements exceptionnellement importants.

P7/1 Dans la " culture " de Los Millares, l'économie de subsistance n'était pas régie par des stratégies visant à dégager des surplus absolus ou relatifs de valeur

Les caractéristiques techniques et l'organisation spatiale des outils destinés à la transformation des produits alimentaires définissent une situation où la valeur sociale des objets n'est pas déterminée par leur utilité ou valeur d'usage. Cela signifie que l'énergie dépensée dans la fabrication d'un outil n'est pas directement liée à la production qu'on peut en attendre en retour. Dans la " culture " de Los Millares, un rapport tout aussi lâche entre valeur travail ou coût de production et valeur d'usage s'observe également pour d'autres artisanats. Ceci ne plaide pas, bien au contraire, en faveur de l'existence d'une pression importante sur les forces de production pour augmenter les bénéfices par la mise en œuvre de technologies plus efficientes, c'est-à-dire une stratégie de surplus relatif de valeur. L'absence de tout témoignage d'accumulation de richesses contrôlée par un pouvoir politique central, ainsi que l'accent mis sur des produits à forte valeur sociale en termes d'interaction collective, ne plaide pas davantage en faveur du dégagement d'un surplus absolu de valeur.

Remerciements

Nous voudrions remercier Germán Delibes, Manolo Fernández-Miranda†, María Dolores Fernández-Posse† et Concha Martín, co-responsables des fouilles modernes d’Almizaraque, de nous avoir confié pour étude l’outillage macrolithique de ce site et de nous avoir fourni les informations contextuelles nécessaires. Nous exprimons notre reconnaissance à Selina Delgado Raack, qui nous a permis de nous servir de son mémoire de Masters sur le matériel de Cerro de la Virgen, actuellement sous presse. La recherche sur l’organisation économique des sociétés de l’Âge du Cuivre et de l’Âge du Bronze dans le sud-est de la Péninsule ibérique s’est effectuée dans le cadre de projets de recherches financés par le ministère espagnol de l’Éducation et de la Science (HUM2006-04610) et par l’Agence Générale pour la Recherche de la Generalitat de Catalogne (2005SGR01025).

Photographies et illustrations

© Roberto Risch

Bibliographie

ADAMS J.-L. 1989. "Methods for improving ground stone artifacts analysis: experiments in mano wear patterns". In Amick D.S. & Mauldin R.P. (eds), Experiments in Lithic Technology. Oxford, B.A.R., BAR International Series, 528, p. 259-81. ADAMS J.-L. 1999. "Refocusing the role of food-grinding tools as correlates for subsistence strategies in the U.S. Southwest". American Antiquity, 64/3, p. 475-498. Arribas A., MOLINA F., CARRIÓN F., CONTRERAS F., MARTÍNEZ G., RAMOS A., SAEZ L., TORRE F. de la, BLANCO I. & MARTÍNEZ J. 1987. "Informe preliminar de los resultados obtenidos durante la VI Campaña de excavaciones en el poblado de Los Millares (Santa Fe de Mondújar, Almería, 1985)". Anuario Arqueológico de Andalucía, 1985, vol. II., p. 245-262. BARRETT P. J. 1980. "The shape of rock particles, a critical review". Sedimentology, 27, p. 291-303. BUXÓ R. 1997. Arqueología de las plantas. Barcelona, Crítica. CAILLEUX A. 1951. "Morphoskopische Analyse der Geschiebe und Sandkörner und ihre Bedeutung für die Paleoklimatologie". Geologische Rundschau, 40, p. 5-13. CÁMALICH MASSIEU M. D. & MARTÍN SOCAS D. (eds) 1999. El territorio almeriense desde los inicios de la producción hasta fines de la Antigüedad: un modelo, la depresión de Vera y cuenca del Río Almanzora. Sevilla, Junta de Andalucía (Arqueología no 6). CASTRO P., CHAPMAN R., COLOMER E., COURTY M.-A., FEDEROFF N., GILI S., GONZALEZ MARCEN P., JONES M.K., LULL V., MCGLADE J., MICO R., MONTON S., RIHUETE C. RISCH R., RUIZ PARRA M., SANAHUJA M.E. & TENAS, M. 1994. Temporalities and desertification in the Vera Basin, south east Spain. Brussels, ARCHAEOMEDES PROYECT, Vol. 2. CASTRO P., GILI S., LULL V., MICÓ R., RIHUETE C., RISCH R. & SANAHUJA M.E. 1998. "Teoría de la producción de la vida social: un análisis de los mecanismos de explotación en el sudeste peninsular (c. 3000-1550 cal ANE)". Boletín de Antropología Americana, 33, p. 25-77. CARRION MENDEZ F., ALONSO J.M., RULL E., CASTILLA J., CEPRIAN B., MATINEZ J.L., HARO M. & MANZANO A. 1993. Los recursos abioticos y los sistemas de aprovisionamiento de rocas por las comunidades prehistóricas del S.E. de la Peninsula Ibérica durante la prehistoria reciente. In Investigaciones Arqueológicas en Andalucía, 1985-1992. Proyectos. Sevilla, Junta de Andalucía, p. 295-309. CHAPMAN R. 2003. Archaeologies of Complexity. London, Routledge. DELGADO RAACK S., 2003. Tecnotipología y distribución espacial del material "macrolítico" del Cerro de la Virgen de Orce (Granada), campañas 1963-1970: una aproximación paleoeconómica. Bellaterra, Trabajo de investigación de 3er Ciclo, Universitat Autònoma de Barcelona. DELGADO RAACK S. in press. Tecnotipología y distribución espacial del material "macrolítico" del Cerro de la Virgen de Orce (Granada), campañas 1963-1970: una aproximación paleoeconómica. Oxford, B.A.R., International Series. DELGADO RAACK, S., GÓMEZ GRAS D. & RISCH R. in press. "Las propiedades mecánicas de los artefactos macrolíticos: una base metodológica para el análisis funcional". In Rovira S., Mon Ruiz I. & García Heras M. (eds.), Actas del VII Congreso Ibérico de Arqueometría (Madrid, 8-10 octubre de 2007). Madrid, Digital publication of the CSIC. DELIBES G., DÍAZ-ANDREU M., FERNÁNDEZ-POSSE M.D., MARTÍN C., MONTERO I., MUÑOZ I.K. & RUIZ A. 1996. "Poblamiento y desarrollo cultural en la cuenca de Vera durante la prehistoria reciente". In Homenaje al Profesor Manuel Fernández-Miranda. Complutum Extra 6, I, p. 153-170. DELIBES G., FERNÁNDEZ-MIRANDA M., FERNÁNDEZ-POSSE M.D. & MARTÍN C. 1986. "El poblado de Almizaraque". In Homenaje a Luis Siret (1934-84), Sevilla, Junta de Andalucia, p. 167-177. DELIBES G., FERNÁNDEZ-MIRANDA M., FERANDEZ-POSSE M.D. & MARTÍN C. 1994. "Una aproximación al estudio de las actividades económicas en el poblado calcolítico de Almizaraque, Almería (España)". In Kunst M. (ed.), Origens, estructuras e relações das culturas calcolíticas de la Península Ibérica, Actas das primeras jornadas arqueológicas de Torres Vedras. Trabalhos de Arqueologia 7, p. 247-253. DONNER M. & MARZOLI C. 1994. "La macinazione. Evoluzione delle techniche e degli strumenti". In Il grano e le macine - La macinazione di cereali in Alto Adige dall'Antichità al Medioevo. Bolzano, Museo Proviciale di Castel Tirolo, p. 73-98. DUBREUIL L. 2004. Long-term trends in Natufian subsistence: A use-wear analysis of ground stone tools. Journal of Archaeological Science 31, p. 1613-1629. GILMAN A. 1976. Bronze Age dynamics in southeast Spain. Dialectical Anthropology, 1, p. 307-319. HAMON C. 2006. Broyage et abrasion au Néolithique ancien. Caractérisation technique et fonctionnelle des outillages en grès du Bassin parisien. Oxford, B.A.R., International Series 1551. HAYDEN B. (ed.) 1987. Lithic studies among the contemporary Highland Maya. Arizona, University of Arizona Press. Hopf M. 1991. "Kulturpflanzenreste aus der Sammlung Siret in Brüssel". In Schubart H. & Ulreich H. (eds.), Die Funde der südostspanischen Bronzezeit aus der Sammlung Siret. Mainz, Madrider Beiträge 17, p. 397-413. HOWARD J.L. 1993. "The statistics of counting clasts in rudites: a review, with examples from the upper Plaeogene of southern California, USA". Sedimentology, 40, p. 157-174. hürlimanN F. 1965. "Neolithische Reibmühlen von einer Ufersiedlung am Greifensee". Jahrbuch der Schweizerischen Gesellschaft für Urgeschichte, 52, p. 72-86. KALB F. 1969. "El poblado del Cerro de la Virgen de Orce (Granada)". X CNA, Mahón 1967, p. 217-18. LESER H. 1977. Feld-und Lehrmethoden der Geomorphologie. Berlin, De Gruyter. LHOTE H. & COLOMBEL P. 1979. Gravures, peintures rupestres et vestiges archéologiques des environs de Djanet (Tassili-n-ajjer), Office du Parc National du Tassili, Argel. LÜTTING G. 1956. "Eine neue, einfache geröllmorphometrische Methode". Eiszeitalter und Gegenwart, 7, p. 13-20. Martínez Rodríguez A. & Ponce García J. 1995. "Excavación arqueológica de urgencia en el subsuelo de la antigua iglesia del convento de las Madres Mercedarias (C/Zapatería-C/Cava, Lorca). Memorias de Arqueología, 10, p. 89-137. MENASANCH M., RISCH R. & SOLDEVILLA J.A. 2002. "Las tecnologías del procesado de cereal en el sudeste de la Península Ibérica durante el III y II milenio ANE". In Treuil R. & Procopiou H. (eds.), Moudre et Broyer. Paris, Publication du C.T.H.S., p. 81-110. MICO R. 1991. "Objeto y discurso arqueológico. El calcolítico del sudeste peninsular". Revista dArqueología de Ponent, 1, p. 51-70. MICO R. 1992. Pensamientos y prácticas en las arqueologías contemporáneas: normatividad y exclusión en los grupos arqueológicos del III y II milenios cal ANE en el sudeste de la península ibérica. Bellatera, Tesis Doctoral de la Universidad Autónoma de Barcelona. Molina F. & Cámara J. A. 2005. Guía del yacimiento arqueológico Los Millares. Sevilla, Junta de Andalucía, Consejería de Cultura. Molina F., Cámara J. A., Capel J., Nájera T. & Sáez L. 2004. "Los Millares y la periodización de la Prehistoria Reciente del Sureste". In III Simposio de Prehistoria Cueva de Nerja, vols. II-III. Nerja, Fundación Cueva de Nerja, p. 142-158. MUÑOZ AMILIBIA A.M. 1983. "Poblado eneolítico del tipo Los Millares en Murcia, España". Zaragoza, C.N.A. XVI (Murcia), p. 71-75. MUÑOZ AMILIBIA A.M. 1993. "Neolítico final - Calcolítico en el sureste peninsular: El Cabezo del Plomo (Mazarrón, Murcia)". Espacio, Tiempo y Forma, Serie I, 6, p. 133-180. RAMOS MILLÁN A. 1998. "La minería, la artesanía y el intrcambio de sílex durante la Edad del Cobre en el Sudeste de la Península Ibérica". In Delibes G. (ed.), Minerales y metales en la prehistoria reciente. Algunos testimonios de su explotación y laboreo en la península ibérica. Valladolid, Universidad de Valladolid, p. 13-40. RISCH R. 1995. Recursos naturales y sistemas de producción en el Sudeste de la Península Ibérica entre 3000 y 1000 ANE. Bellaterra, Tesis Doctoral de la Universidad Autónoma de Barcelona, Ed. Microfotográfica. RISCH R. 2002. Recursos naturales, medios de producción y explotación socail. Un análisis económico de la inudustria lítica de Fuente Álamo (Almería), 2250-1400 antes de nuestra era. Mainz, P. von Zabern (Iberia Archaeologica 3). RISCH R. & RUIZ PARRA M. 1994. "Distribución y control territorial en el Sudeste de la Península Ibérica durante el tercer y segundo milenio a.n.e.". Verdolay, 6, p. 77-87. Rovira i Buendía N. 2000. "Semillas y frutos arqueológicos del yacimiento calcolítico de las Pilas (Mojácar, Almería)". Complutum, 11, p. 191-208. RUNNELS C.N. 1981. A diachronic study and economic analysis of millstones from the Argolid, Greece. Indiana, Ph.D. thesis University of Indiana. SCHNEIDER J. 2002. "Milling tool design, stone textures and function". In Treuil R. & Procopiou H. (eds.), Moudre et Broyer. Paris, Publication du C.T.H.S., p. 31-53. SCHÜLE W. 1980. Orce und Galera. Mainz, Philipp von Zabern. Stika H.-P. & B. Jurich 1999. "Kupferzeitliche Pflanzenreste aus Almizaraque und Las Pilas (Prov. Almería, Südostspanien)". Madrider Mitteilungen, 40, p. 72-79. WRIGHT M.K. 1993. "Simulated use of experimental maize grinding tools from southwestern Colorado". KIVA, 58, p. 345-355. ZIMMERMANN A. 1988. "Steine". In Boelicke U. et al. (eds), Der bandkeramische Siedlungsplatz Langweiler 8, Gemeinde Aldenhoven, Kr. Düren. Bonn, Rhein.Ausgrab. 28, p. 569-787.