MATERIAUX ET METHODOLOGIE
DONNEES EXPERIMENTALESRESULTATS
[+] Eléments diagnostiques du matériau[+] Eléments diagnostiques du mode de perforation (percussion directe vs indirecte)
REMERCIEMENTS
BIBLIOGRAPHIE

REFERENTIEL TRACEOLOGIQUE SUR DES POINTES EXPERIMENTALES EN OS

(Toutes les photos sont de l’auteur)

Pour citer cet articleLegrand A., “Referentiel traceologique sur des pointes experimentales en os”, The Arkeotek Journal, no 1, 2017, www.thearkeotekjournal.org.

Mots-clés

expérimentationpointematières osseusesusure

INTRODUCTION

La constitution d’un référentiel expérimental de pointes en os à partir de plusieurs corpus archéologiques du Néolithique ancien de Méditerranée, répond à deux objectifs :

– documenter la fonction de ces outils encore trop souvent écartés des études fonctionnelles en raison de la faible variation morphologique de la partie active qui peut tout aussi bien être adaptée à une utilisation par rotation, pression ou poussée longitudinale, sur une grande variété de matériaux,

– développer une méthode d’analyse qui combine l’observation macro- et microscopique des volumes et des surfaces pour isoler plus efficacement des attributs d’usure représentatifs d’un mode d’action et d’une matière travaillée (Sidéra & Legrand 2006 ; Legrand 2007, 2011 ; Legrand & Radi 2008 ; Legrand A. & Sidéra I., 2007 ; Petrullo 2014). En effet, les altérations macroscopiques du volume observées sur les apex, le plus souvent des émoussés, s’avèrent bien souvent insuffisantes en raison notamment de leur similarité, pour déterminer avec précision la fonction de l’outil (Sidéra 1993). L’usure qui peut apparaître à l’échelle macroscopique comme relativement homogène d’une pointe à l’autre, peut se révéler bien différenciée à l’échelle microscopique.

MATERIAUX ET METHODOLOGIE

Cet article livre les résultats de deux expérimentations menées sur deux matériaux présentant différents degrés de rigidité - peaux fraîches vs tannées, écorces humides vs sèches-, selon deux modes d’action – perforation par percussion posée directe vs indirecte (fig. 1 à 6) (Christidou & Legrand 2005). Au total, le référentiel expérimental se compose de 24 pointes en os (tabl. 1).

Le protocole expérimental a été élaboré en considérant à la fois les données ethnographiques mais également et autant que possible, les données archéologiques et environnementales des sites étudiés (Legrand 2007).

Des paramètres, autres que la matière travaillée, leur degré de rigidité et le mode d’action, ont également été testés pour apprécier leur incidence sur la formation de l’usure : le mouvement (unidirectionnel/longitudinal ou alternatif), le temps de travail, l’angle de travail par rapport à la matière travaillée (perpendiculaire ou oblique), le mode de préhension et le support sur lequel reposait la matière.

Les pointes expérimentales ont été observées à deux échelles de grossissements complémentaires, l’une macroscopique, allant de l’œil nu à un grossissement de 60x, l’autre microscopique à des grossissements de 100x et 200x. Ces observations ont été réalisées au Service d’Imagerie et de Microscopie Optique de la Maison Archéologie et Ethnologie, René-Ginouvès de Nanterre (MAE).

A l’échelle macroscopique, on commence par apprécier l’usure générale de la pièce en considérant à la fois son étendue et son développement depuis l’extrémité active vers la partie mésiale de l’outil. Dans le cas des usures les plus développées et claires, on dissocie la zone d’impact de l’outil avec la matière travaillée (zone 1), de la zone de frottement intermédiaire (zone 2), de celle de l’extension maximale du frottement (zone 3). L’extension et les traces que comporte chaque zone est une variable liée à la matière travaillée et à la cinématique de l’outil (Legrand 2007). Les altérations du volume, émoussé, éclats, écrasement, tout comme les altérations de surfaces : stries et cratères sont, dans un premier temps, caractérisées à l’échelle macroscopique. L’observation des stries et cratères se poursuit à l’échelle microscopique. D’autres critères non appréciables à faible grossissement sont analysés comme l’usure du micro-relief (irrégulier, usure faible du relief ; homogène, usure modérée ; régulier, usure maximale, les reliefs ont disparu), le profil et la texture des élévations et l’émoussé des bords et des fonds des dépressions (Christidou 1999 ; Legrand 2007 ; Petrullo 2014).

Tabl. 1 : Récapitulatif des expérimentations conduites sur la peau et l’écorce
ActivitésModes d’actionMouvementMatièresDurée d’utilisationN° d’inventaire
PerforationPercussion posée directeAlternatifPeau fraîchede 10’ à 85’P10b, P12, P17, P19, P24
AlternatifPeau tannée35’ et 50’P16, P22
AlternatifEcorce humide20’ et 45’P5, P20
AlternatifEcorce sèche15’ et 20’P61, P63
Percussion posée indirecteUnidirectionnelPeau fraîchede 5’ à 70’3b, P1, P4, P6, P11, P13, P14
UnidirectionnelPeau tannée10’ et 45’P15, P31
UnidirectionnelEcorce humide10’ et 20’P3, P23
UnidirectionnelEcorce sèche15’ et 30’P2, P30

Figure 1 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe

Figure 2 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée indirecte

Figure 3 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée directe

Figure 4 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée indirecte

Figure 5 : Perforation d’écorces sèches par percussion posée directe

Figure 6 : Perforation d’écorces sèches par percussion posée indirecte

DONNEES EXPERIMENTALES

Travail des peaux et usures

P0/1 Perforation des peaux fraîches par percussion directe

– L’étendue de l’usure est envahissante et son développement dégressif en fin d’utilisation. On peut identifier jusqu’à 3 zones d’usure (fig. 7).

– L’apex est endommagé par un émoussé associé à des éclats ou à un écrasement (fig. 8 & 9).

– Les stries d’utilisation et les cratères sont nombreux à faible grossissement. Les stries sont pluridirectionnelles, longues et entrecroisées (fig. 10 & 11).

– Le microrelief est homogène, les élévations sont usées de manière homogène et les bords des dépressions sont très émoussés (fig. 12). Le profil des élévations est bombé et leur texture, grenue. Lorsque le temps d’utilisation est plus long, l’usure du microrelief est plus importante, la surface devient lisse, les reliefs disparaissent (fig. 13).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation sont longues ou plus courtes, droites ou courbes, larges ou fines, continues ou discontinues, aux bords émoussés et au fond rugueux ou partiellement lissé. Pluridirectionnelles dans la zone 1 et directement liées au mouvement par rotation, elles sont majoritairement longitudinales dans la zone d’usure 3 et affectent autant les élévations que le fond des dépressions les plus émoussées (fig. 14 & 15).

– Les cratères sont nombreux.

Figure 7 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Développement dégressif de l’usure. Trois zones d’usure identifiées (durée d’utilisation 85 minutes) (N° d’inventaire P10b).

Figure 8 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Emoussé de l’apex associé à des éclats (durée d’utilisation 10 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P17).

Figure 9 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Ecrasement de l’apex (durée d’utilisation 35 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P24).

Figure 10 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Cratères et stries pluridirectionnelles (durée d’utilisation 85 minutes) (grossissement 32x) (N° d’inventaire P10b).

Figure 11 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Cratères et stries pluridirectionnelles (durée d’utilisation 85 minutes) (grossissement 64x) (N° d’inventaire P10b).

Figure 12 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Microrelief homogène, les élévations présentent un profil bombé et une texture grenue (durée d’utilisation 35 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P24).

Figure 13 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Microrelief régulier, la surface est lissée, les élévations ont disparu (durée d’utilisation 85 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P10b).

Figure 14 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Les stries d’utilisation de la zone 1 sont pluridirectionnelles, longues, courtes, droites, courbes, larges, fines. Présence de nombreux cratères (durée d’utilisation 85 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P10b).

Figure 15 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée directe. Les stries d’utilisation de la zone d’usure 3 sont longitudinales et affectent les élévations et le fond des dépressions les plus émoussées (durée d’utilisation 85 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P10b).

P0/2 Perforation des peaux fraîches par percussion indirecte

– L’étendue de l’usure est modérée, présente sur environ 2cm à partir de l’apex. Plus le temps d’utilisation est long, plus le développement de l’usure est dégressif, passant d’une à trois zones d’usure (fig. 16).

– L’émoussé de l’apex est faible en débit d’utilisation (30 minutes) et plus important en fin d’utilisation (70 minutes) (fig. 17 & 18).

– Les stries d’utilisation sont plutôt longitudinales, longues, parallèles entre elles ou entrecroisées.

– Le microrelief est homogène. Les élévations présentent un profil bombé et une texture grenue, les bords des dépressions sont peu émoussés (fig. 19).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation sont fines ou plus larges, superficielles ou profondes, continues, à fond rugueux ou partiellement lissé. D’autres sont pluridirectionnelles et courtes (fig. 20).

– Les cratères sont fréquents.

– La partie proximale de l’outil constituée par l’une des épiphyses du métapode, et utilisée comme plan de frappe, présente un léger écrasement localisé sur les reliefs de l’épiphyse (fig. 21).

Figure 16 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée indirecte. Développement dégressif de l’usure. Trois zones d’usure identifiées (durée d’utilisation 70 minutes) (N° d’inventaire 3b).

Figure 17 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée indirecte. Emoussé de l’apex faible (durée d’utilisation 30 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P1).

Figure 18 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée indirecte. Emoussé de l’apex important (durée d’utilisation 70 minutes) (grossissement 32x) (N° d’inventaire 3b).

Figure 19 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée indirecte. Microrelief homogène, les élévations présentent un profil plutôt bombé et une texture grenue (durée d’utilisation 70 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire 3b).

Figure 20 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée indirecte. Cratères et stries d’utilisation longitudinales, fines ou plus larges, superficielles ou profondes, continues, à fond rugueux ou partiellement lissé. D’autres sont pluridirectionnelles et courtes (durée d’utilisation 30 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P1).

Figure 21 : Perforation d’une peau fraîche par percussion posée indirecte. Léger écrasement de l’extrémité proximale (durée d’utilisation 30 minutes) (grossissement 5x) (N° d’inventaire P1).

P0/3 Perforation des peaux tannées par percussion directe

– L’étendue de l’usure est modérée, le développement de l’usure, dégressif.

– L’émoussé de la pointe s’intensifie au cours de l’utilisation, entraînant une déformation très avancée de l’apex (fig. 22 & 23).

– Les stries d’utilisation observées à faible grossissement, sont fréquentes, pluridirectionnelles, droites, courtes ou longues.

– Le microrelief est homogène. Le profil des élévations est bombé ou plat et leur texture est lisse, les bords des dépressions sont peu émoussés (fig. 24).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation principalement localisées sur les hauts reliefs, sont fines ou larges, superficielles, continues et à fond partiellement lissé ou lissé (fig. 25).

– Les cratères sont peu nombreux. Ils présentent des bords émoussés et un fond rugueux ou partiellement lissé.

Figure 22 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée directe. Emoussé de l’apex modéré (durée d’utilisation 35 minutes) (grossissement 32x) (N° d’inventaire P16).

Figure 23 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée directe. Emoussé de l’apex important (durée d’utilisation 50 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P22).

Figure 24 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée directe. Microrelief homogène. Le profil des élévations est bombé ou plat, leur texture est lisse (durée d’utilisation 50 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P22).

Figure 25 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée directe. Stries d’utilisation fines ou larges, superficielles, continues et à fond lisse (durée d’utilisation 50 minutes) (grossissement 200x) (N° d’inventaire P22).

P0/4 Perforation des peaux tannées par percussion posée indirecte

– L’étendue de l’usure est marginale (moins de 2cm). Le développement de l’usure diffère d’un outil à l’autre, 1 ou 3 zones d’usure peuvent être observées.

– L’émoussé du volume est de faible intensité (fig. 26). On note la présence d’éclats sur l’outil utilisé 45 minutes avec une déformation du volume initial plus importante (fig. 27).

– Les stries d’utilisation observées à faible grossissement, sont rares au début de l’utilisation puis plus nombreuses. Elles sont majoritairement longitudinales, courtes ou longues, droites et parallèles entre elles.

– Le microrelief est homogène. Les élévations sont bombées et leur texture est grenue, les bords des dépressions sont peu ou pas émoussés (fig. 28).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation sont localisées sur les élévations, elles sont fines, superficielles et continues (fig. 29).

– Les cratères sont peu nombreux.

– La surface proximale de l’outil présente un léger écrasement localisé sur les reliefs de l’épiphyse (fig. 30).

Figure 26 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée indirecte. Emoussé de l’apex faible (durée d’utilisation 10 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P31).

Figure 27 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée indirecte. Emoussé de l’apex associé à des éclats (durée d’utilisation 45 minutes) (grossissement 10x) (N° d’inventaire P15).

Figure 28 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée indirecte. Microrelief homogène. Les élévations sont bombées et de texture grenue. Les bords des stries de façonnage sont peu ou pas émoussés (durée d’utilisation 10 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P31).

Figure 29 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée indirecte. Stries d’utilisation principalement longitudinales, fines, superficielles et continues, localisées sur les hauts reliefs. Très peu de cratères (durée d’utilisation 35 minutes) (grossissement 200x) (N° d’inventaire P16).

Figure 30 : Perforation d’une peau tannée par percussion posée indirecte. Ecrasement des hauts reliefs de la surface proximale (durée d’utilisation 10 minutes) (grossissement 10x) (N° d’inventaire P31).

Travail de l’écorce et Usure

P0/5 Perforation d’écorces humides par percussion directe

– L’étendue de l’usure est modérée ; plus le temps d’utilisation est long, plus le développement de l’usure est dégressif passant de 2 à 3 zones d’usure.

– Au début de l’utilisation, l’apex peut présenter un écrasement combiné à un émoussé de volume qui affecte également les arêtes de la pointe (fig. 31). Quelques écaillures apparaissent sur les outils utilisés 45 minutes (fig. 32). Dans tous les cas, la déformation de l’extrémité active est importante, voire très importante.

– De nombreuses stries d’utilisation transversales ou obliques, longues, parallèles entre elles ou entrecroisées, sont observées à faible grossissement.

– Le microrelief est homogène au début de l’utilisation puis tend à se lisser au cours de l’utilisation, l’usure d’ensemble est alors importante avec une disparition des élévations (fig. 33 & 34).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation sont localisées sur les élévations, elles sont larges ou fines, profondes ou superficielles, droites ou légèrement courbes et continues (fig. 35). Leurs bords sont émoussés et leur fond est rugueux ou partiellement lissé.

– Les cratères apparaissent à la fin de l’utilisation (fig. 35). Leurs bords sont émoussés et leur fond est rugueux ou partiellement lissé.

Figure 31 : Perforation d’écorces humides par percussion posée directe. Ecrasement et émoussé de l’apex (durée d’utilisation 20 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P5).

Figure 32 : Perforation d’écorces humides par percussion posée directe. Emoussé et écaillures présents sur l’apex (durée d’utilisation 45 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P20).

Figure 33 : Perforation d’écorces humides par percussion posée directe. Microrelief homogène (durée d’utilisation 20 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P5).

Figure 34 : Perforation d’écorces humides par percussion posée directe. Surface lissée (durée d’utilisation 45 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P20).

Figure 35 : Perforation d’écorces humides par percussion posée directe. Nombreux cratères et stries d’utilisation disposés sur les reliefs. Les stries sont transversales ou obliques, longues, parallèles entre elles ou entrecroisées, larges ou fines, profondes ou superficielles (durée d’utilisation 45 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P20).

P0/6 Perforation d’écorces humides par percussion posée indirecte

– L’étendue de l’usure est modérée et son développement est dégressif.

– Au début de l’utilisation, un émoussé modéré affecte aussi bien l’apex que les arêtes de la pointe (fig. 36). Lorsque le temps d’utilisation est plus long, des enlèvements peuvent apparaître (fig. 37). La déformation est donc plus avancée à mesure que la durée d’utilisation s’allonge.

– De nombreuses stries d’utilisation longitudinales, longues, droites, parallèles entre elles, entrecroisées et serrées, sont observées à faible grossissement (fig. 38). Des cratères sont également présents au début de l’utilisation.

– Le microrelief est homogène, dans ce cas, les élévations ont un profil bombé et une texture grenue, les bords des dépressions sont peu émoussés. Il peut également être régulier, dans ce cas, la surface est lissée (fig. 39).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation sont localisées sur les élévations, elles sont principalement longitudinales, parallèles entre elles ou entrecroisées, larges ou fines, profondes ou superficielles, continues ou discontinues. Leurs bords sont émoussés et leur fond est rugueux (fig. 39). D’une zone à l’autre, les stries apparaissent homogènes tant dans leur orientation que dans leur morphométrie.

– Les cratères ont un fond rugueux ou partiellement lissé. Ils sont plus nombreux en fin d’utilisation.

– La partie proximale est peu endommagée.

Figure 36 : Perforation d’écorces humides par percussion posée indirecte. Emoussé faible de l’apex (durée d’utilisation 10 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P23).

Figure 37 : Perforation d’écorces humides par percussion posée indirecte. Enlèvements importants sur l’extrémité de la pointe (durée d’utilisation 20 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P3).

Figure 38 : Perforation d’écorces humides par percussion posée indirecte. Stries d’utilisation longitudinales, longues, droites, parallèles entre elles, entrecroisées et serrées (durée d’utilisation 10 minutes) (grossissement 32x) (N° d’inventaire P23).

Figure 39 : Perforation d’écorces humides par percussion posée indirecte. Surface lissée avec de nombreuses stries d’utilisation et cratères (durée d’utilisation 10 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P23).

P0/7 Perforation d’écorces sèches par percussion directe

– L’étendue de l’usure est modérée et son développement est dégressif, en 2 ou 3 zones d’usure.

– Au début de l’utilisation, un émoussé faible affecte l’apex ainsi que les arêtes de la pointe (fig. 40). Au cours de l’utilisation, l’émoussé peut être combiné à un écrasement (fig. 41). La déformation de la partie active est d’une manière générale modérée.

– De nombreuses stries d’utilisation transversales ou obliques, longues, parallèles entre elles ou entrecroisées, sont observées à faible grossissement (fig. 42).

– La surface est lissée (fig. 43).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation sont larges ou fines, profondes ou superficielles, droites, serrées, continues ou discontinues (fig. 43). Leurs bords sont émoussés et leur fond est partiellement ou totalement lissé.

– Pas de cratère.

Figure 40: Perforation d’écorces sèches par percussion posée directe. Emoussé faible de l’apex (durée d’utilisation 15 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P61).

Figure 41: Perforation d’écorces sèches par percussion posée directe. Emoussé combiné à un écrasement de l’apex (durée d’utilisation 20 minutes) (grossissement 15x) (N° d’inventaire P63).

Figure 42: Perforation d’écorces sèches par percussion posée directe. Stries d’utilisation transversales ou obliques, longues, parallèles entre elles ou entrecroisées (durée d’utilisation 20 minutes) (grossissement 32x) (N° d’inventaire P63).

Figure 43: Perforation d’écorces sèches par percussion posée directe. Surface lissée avec de nombreuses stries d’utilisation (durée d’utilisation 20 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P63).

P0/8 Perforation d’écorces sèches par percussion posée indirecte

– Plus la durée d’utilisation est longue, plus le développement de l’usure est dégressif, passant de deux à trois zones d’usure. L’étendue de l’usure est modérée.

– L’apex et les arêtes de la pointe présentent un émoussé modéré (fig. 44).

– De fréquentes stries d’utilisation principalement longitudinales, longues, parallèles entre elles ou entrecroisées, sont observées à faible grossissement (fig. 45).

– Le microrelief est homogène. Le profil des élévations est plat et la texture, grenue (fig. 46).

– À l’échelle microscopique, les stries d’utilisation sont larges, profondes ou superficielles, droites, serrées, ordonnées et continues. Leurs bords sont émoussés et leur fond est rugueux ou partiellement lisse. Elles sont localisées sur les hauts reliefs.

– Peu de cratères.

– La surface proximale est peu endommagée

Figure 44: Perforation d’écorces sèches par percussion posée indirecte. Emoussé modéré de l’apex et des arêtes de la pointe (durée d’utilisation 15 minutes) (grossissement 32x) (N° d’inventaire P2).

Figure 45: Perforation d’écorces sèches par percussion posée indirecte. Stries d’utilisation principalement longitudinales, longues, parallèles entre elles ou entrecroisées. Les stries transversales larges et profondes correspondent au façonnage par abrasion (durée d’utilisation 30 minutes) (grossissement 32x) (N° d’inventaire P30).

Figure 46: Perforation d’écorces sèches par percussion posée indirecte. Microrelief homogène, les élévations ont un profil plat et une texture grenue (durée d’utilisation 30 minutes) (grossissement 100x) (N° d’inventaire P30).

RESULTATS

Eléments diagnostiques du matériau

P1/3 L’étendue de l’usure distingue les pointes ayant travaillé des peaux fraîches vs peaux tannées quel que soit le mode d’action

Dans le cas des peaux fraîches, l’étendue de l’usure peut être modérée ou envahissante.

Dans le cas des peaux tannées, l’usure peut être marginale c’est-à-dire limitée à l’apex. Dans notre expérimentation, la rigidité de la peau tannée pourrait expliquer que la pointe ait pénétré sur une longueur plus courte.

P1/4 L’émoussé des bords des dépressions, la localisation et la morphométrie des stries distinguent les pointes ayant travaillé des peaux fraîches vs peaux tannées quel que soit le mode d’action

Dans le cas des peaux fraîches, les bords des dépressions naturelles ou liées au façonnage sont fortement émoussés. Les stries d’utilisation sont localisées sur les reliefs de ces dépressions mais également au fond des dépressions les plus émoussées (cf. fig. 15). Les stries sont très variées, pluridirectionnelles, longues ou courtes, larges ou fines, profondes ou superficielles, droites ou légèrement courbes, continues ou en pointillé (cf. fig. 14).

Dans le cas des peaux tannées, les bords des dépressions sont peu ou pas émoussés (cf. fig. 28). Les stries sont localisées sur les reliefs, elles sont bien plus homogènes, principalement longues, fines, superficielles et continues (cf. fig. 29).

P2/2 L’étendue de l’usure, l’usure des bords des dépressions et la localisation des stries sont diagnostiques de la rigidité des matériaux travaillés

Les matériaux souples enveloppent et épousent la morphologie de l’outil au cours de l’utilisation, l’étendue de l’usure peut alors être envahissante. De même, les bords des dépressions naturelles ou résultantes au façonnage sont très émoussés et leur fond peut être affecté par les stries d’utilisation.

A l’inverse, le travail des matériaux rigides produit une étendue de l’usure marginale. Les bords des dépressions sont peu ou pas émoussés et les stries d’utilisation ne sont localisées que sur les hauts reliefs.

P1/5 La fréquence des cratères distinguent les pointes ayant travaillé des peaux fraîches vs peaux tannées quel que soit le mode d’action

Dans le cas des peaux fraîches, les cratères sont nombreux (cf. fig. 14).

Dans le cas des peaux tannées, les cratères sont peu nombreux (cf. fig. 29).

P1/6 La fréquence des cratères distinguent les pointes ayant travaillé des écorces humides vs des écorces sèches quel que soit le mode d’action

Dans le cas des écorces humides, les cratères sont nombreux (cf. fig. 34, 35, 39).

Dans le cas des écorces sèches, les cratères sont peu ou pas nombreux (cf. fig. 43 & 46)

P2/3 La fréquence des cratères pourrait être diagnostique du travail de matériaux humides

Le travail des peaux fraîches comme celui des écorces humides produit de nombreux cratères. A l’inverse, le travail des peaux tannées et écorces sèches en produit peu ou pas. L’origine de la formation des cratères n’est pas connue mais ces observations montrent que le caractère humide des matières ici travaillées pourrait avoir joué un rôle sur leur formation et fréquence.

Eléments diagnostiques du mode de perforation (percussion directe vs indirecte)

P1/7 Sur les peaux fraîches, la combinaison d’altérations macroscopiques à l’origine d’une déformation très avancée des apex des pointes n’est pas diagnostique du mode de perforation

Les pointes utilisées par rotation présente une déformation de l’apex plus avancée associant émoussé, éclats et/ou écrasement que celles utilisées par percussion posée indirecte (cf. fig. 8 & 9). Or, il est communément admis que cette combinaison témoigne plutôt d’un travail par percussion posée indirecte, on peut donc avancer ici qu’elle pourrait davantage être liée au type de peau travaillée : peau épaisse, élastique, etc., et à la forte pression exercée lors du travail.

P1/9 Sur les peaux fraîches ou tannées, l’étendue de l’usure diffère selon le mode de perforation

La perforation par percussion directe produit une étendue de l’usure envahissante dans le cas des peaux fraîches et modérée dans le cas des peaux tannées.

La perforation par percussion indirecte produit une étendue de l’usure plus courte, la course de l’outil dans la matière étant davantage maîtrisée. Elle est modérée dans le cas des peaux fraîches et marginale dans le cas des peaux tannées.

P1/11 A l’échelle microscopique, sur les peaux tannées, la texture des élévations diffère selon le mode de perforation

Les élévations ont une texture lisse dans le cas d’une perforation par rotation (cf. fig. 24). Elles sont de texture grenue dans le cas d’un mode d’action par percussion indirecte (cf. fig. 28).

P1/12 A l’échelle microscopique, sur les écorces sèches, l’usure du microrelief diffère selon le mode de perforation

Dans le cas d’une perforation par percussion directe, La surface devient rapidement lisse sans relief (cf. 43). Dans le cas d’une perforation par percussion indirecte, le microrelief est homogène (cf. 46). Dans le premier cas, c’est le contact diffus et continu avec une matière rigide et abrasive qui lisse rapidement la surface. Lorsque ce contact est ponctuel et circonscrit, l’usure du microrelief est modérée.

P1/13 Sur les peaux fraîches ou tannées, l’orientation des stries diffère selon le mode de perforation

Pluridirectionnelles, dans le cas d’une perforation par rotation (cf. fig. 10, 11, 14, 25), les stries sont plus organisées et majoritairement longitudinales dans le cas d’une utilisation de l’outil par percussion indirecte (cf. fig. 20 & 29). Ce mode d’action qui implique une maîtrise plus importante du geste et du mouvement imprimé à l’outil est à l’origine de cette homogénéité directionnelle.

P1/14 Sur les écorces humides ou sèches, l’orientation des stries diffère selon le mode de perforation

Transversales et obliques, dans le cas d’une perforation par rotation (cf. fig. 35 & 43), les stries sont majoritairement longitudinales dans le cas d’une utilisation de l’outil en percussion posée indirecte (cf. fig. 39 & 45).

P1/15 A l’échelle macroscopique, quel que soit le matériau, des écrasements associés ou non à des éclats présents sur la surface proximale de l’outil (extrémité opposée à la pointe active) indiquent une perforation par percussion posée indirecte.

Sur la surface proximale des pointes utilisées par percussion posée indirecte, en fonction de la durée d’utilisation et du type de percuteur, dur ou tendre, on observe principalement des écrasements associés ou non à des éclats, qui peuvent endommager la surface osseuse (cf. fig. 21 & 30).

REMERCIEMENTS

Les expérimentations ont été réalisées à l’Archéodrome de Bourgogne. Le programme expérimental “Obsidienne : traces et fonctions” dirigé par Laurence Astruc (CNRS - UMR 7041 ArScAn), a été financé par la Société des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône et l’UMR 6130 (CNRS). La traduction en anglais de cet article a été réalisée par Cozette Griffin-Kremer et financée par le Labex “Les passés dans le présent : histoire, patrimoine, mémoire”.

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